Dans les derniers articles, j’expliquais la naissance du roman, en référence à la chanson de Billie Holiday.
Précisons un peu : ce n’est pas d’un pendu qu’il s’agit ici, mais d’un noyé, voilà pourquoi « fish » a remplacé « fruit ». Le titre est donc un clin d’œil, et aussi une manière de renvoyer à l’image du Bayou, sorte de no man’s land moite autour duquel gravite le roman.
Mais ce n’est pas tout, car le mot Strange peut être dissocié du reste. Par-delà la référence au pauvre type victime d’un lynchage (qui est d’autant plus « étrange » que la conscience collective se refuse à le regarder en face ; à le voir en tant qu’être humain…), c’est le livre lui-même qui est un étrange poisson.
Je ne cherche à duper personne, il ne s’agit pas là d’une histoire ficelée, réfléchie, conçue dans le seul but de distraire. C’est le résultat de rêveries assumées. Les personnages ont eu le libre choix de leur devenir, et pour certains la folie s’est imposée comme une évidence. Tant pis si leur comportement peut choquer. J’avoue pour ma part avoir retiré une certaine jouissance à les voir sombrer de cette manière.
Alors que l’étrange poisson continue de nager en eaux troubles ; et au lieu de jeter un pavé dans la mare, jetons-y un corps, cela fera plus de bruit.